« 2007-03 | Page d'accueil | 2007-05 »

dimanche, 29 avril 2007

Modération

Vendredi soir, à l'Opéra Garnier, L'Allegro, il Penseroso ed il Moderato, ode pastorale composée par G. F. Haendel sur un livret de Charles Jennens d'après des textes de John Milton. Il y a quatre dimensions, dans cette oeuvre, qui nécessiterait à ce titre plusieurs visions (du moins pour ceux qui, comme moi, sommeillent généralement en première partie de tout spectacle et dont l'esprit bat un peu la campagne durant la seconde...) : la musique, le texte, des images vidéos diffusées dans la partie haute de la scène, des danseurs en partie basse (chorégraphie et vidéo de Robyn Orlin). Un oeil humain normalement constitué ayant du mal à lire un texte, regarder un écran et apprécier simultanément ce qui se déroule sur la scène en contrebas, autant dire que le sepctateur de Garnier est soumis à rude épreuve.
Tout autant (malgré ou parce que), on ne peut rester tout à fait insensible à ce merveilleux ballet : la musique de Haendel est remarquable, le texte de Milton saisissant, les images vidéo tantôt émouvantes tantôt bouleversantes, les ballets allant du parodique au provocateur. Le tout fonde un ensemble peut-être un peu trop riche, comme si un cuisinier avait l'idée de cumuler les avantages de la choucroute, du cassoulet et du boeuf mironton dans la même recette !
  medium_989_2.jpg
Mais enfin, quelle émotion !!! J'avais déjà été saisi, il y a quelques années, par le Messie du même Haendel illustré en images par William Klein, tantôt par paraphrase (les images illustrant directement le texte et la musique) tantôt par contraste (les images venant heurter le sens des mots pour en mettre en valeur l'actualité et notre oubli...). Ici, la complexité est accentuée : les images et les danseurs fonctionnent soit par contraste (on pourrait presque résumer en disant que les vidéos illustrent la réalité du monde dans sa misère et sa douleur, townships sud-africains, banlieues désolées, populations pauvres et désoeuvrées, tandis que le corps de ballet souligne par dérision l'artifice des pays et peuples riches, paillettes et compagnie...), soit par insistance (les incrustations des danseurs dans les images vidéos amènent parfois à des confrontations inattendues et troublantes).
Mais bien d'autres choses surgissent du texte et des images, que la musique aide à lier : la lente agonie d'un gnou terrassé, et avec quelle science, par une lionne, n'est que le préambule à l'éblouissant et tragique finale ou se succèdent les dévastations : inondations de Louisiane, tsunami d'Asie du sud-est, attentat du 11 septembre 2001. Et tandis que les danseurs empilent des vêtements (pour un faire un monument ? pour s'y hisser ? pour sauver leurs biens maigres et désisoires ?), les images nous rappellent que "nous vivons debout à côté de la mort", et soulignent notre responsabilité collective dans la marche du monde, un merveilleux texte posé sur un air sublime nous appelle à la modération, à l'équilibre, à la sagesse, une leçon qu'il serait sage de ne pas oublier de sitôt.
Et je ne pouvais m'empêcher de plaquer sur cette oeuvre essentiellement morale une lecture avant tout politique...

mercredi, 25 avril 2007

Jeux

Mon récent silence n'étant dû ni à une nostalgie folle de New-York m'empêchant de reprendre langue avec vous, ni à un accablement insurmontable résultant du résultat du premier tour de l'élection présidentielle, je renoue ce jour avec la bonne habitude du billet bloguesque.
medium_eventail1.jpg
Je suis allé, ce mercredi soir, au cinéma, voir l'éventail de Lady Wintermerre, film muet d'Ernst Lubitsch (1925) d'après la pièce d'Oscar Wilde. Même si l'on peut évidemment regretter perdre le sel des dialogues de Wilde, le film est un summum de grâce, de cruauté, de cynisme. Jeux des regards (ah ! cette scène du champ de course), jeux des mains, jeux des têtes émergeant des décors (tapisserie, haie de jardin...), jeux d'ombres et de lumières, jeux de noir uni (les hommes) et de nuances claires (les femmes), jeux des hommes et des femmes, jeux sociaux, jeux de dupes, jeux du silence et de l'aveu... mille et un jeux sont présents dans ce film merveilleux. 
medium_eventail2.jpg
Mais pour une mille et deuxième raison, j'ai été fasciné par ce film. Tourné en 1925 par des comédiens aujourd'hui méconnus, il semble (si l'on fait évidemment la part du jeu des acteurs) comme un reportage inoui sur une époque à jamais révolue dont tous les protagonistes sont aujourd'hui disparus. Certes, le temps faisant son oeuvre (ou son office), le nombre de films dont tous les comédiens sont morts ne cesse de croître. Mais, à partir du cinéma parlant, les comédiens sont pour la plupart connus en tant que tels et nul n'aurait l'idée de voir un reportage sur la pègre et la police new-yorkaise en regardant un film où évolue Humphrey Bogart ! La starisation du cinéma rend impossible l'oubli même que c'est du cinéma.
medium_eventail3.jpg
Avec le film de Lubitsch, on quitte le domaine de la fiction pour entrer dans celui, plus fascinant encore, du passé. Et, voyant ces ladies en robes des années folles, ces gentlemen en habit, leur façon même de se mouvoir, la façon dont bougeaient sur eux leurs vêtements, j'avais l'impression de regarder par un trou de serrure. Le passé était là, vivant devant nous, certes muet et sans couleur, mais bien présent. Et ce ne sont plus des comédiens que je regardais, un film que je voyais, mais un moment du temps, de la société, comme échappé de l'oubli et ressuscité devant nous.

vendredi, 20 avril 2007

Matières

New York est une ville de matières nobles, durables. Fait paradoxal, dans cet univers où tout semble condamné à si peu durer, les modes remplaçant les modes, les étages s'accumulant les uns sur les autres jusqu'à vaincre sans cesse de nouveaux défis, chaque immeuble, dont rien ne permet d'affirmer qu'il sera encore là dans cinquante ans, semble être bâti pour durer, pour toujours.

medium_HPIM0624.JPG

 medium_Franzhan_138.jpg

Ainsi, le regard heurte tantôt les parois épaisses en cette pierre rouge sombre que l'on appelle là-bas brownstone, tantôt des falaises de béton, de granit (les plus remarquables par leur aspect indestructible étant celles du Rockfeller Center), de l'acier le plus implacable. Quant aux ornements, aux portes, ils sont eux-mêmes souvent du bronze le plus épais, visiblement inaliénable, comme insensible aux temps, à la pollution, au climat. 

medium_HPIM0470.JPG
medium_HPIM0490.JPG

 medium_Mobil_building_1_.JPG

Il y a bien le verre, qui vient ajouter sa touche de fragilité, mais lui-même est le plus souvent cerné de métal, comme pour mieux manifester que cette transparence obligée (il faut bien laisser passer la lumière dans ces forteresses) ne se laissera pas, elle non plus, menacer.

medium_HPIM0471.JPG

 medium_HPIM0541.JPG

Ainsi New-York, ville déjà ancienne dans laquelle il est possible de se promener durant des heures sans voir un seul édifice bâti il y a plus d'un siècle (je pense par exemple à la merveilleuse 32nd street), parait presque antique, primitive dans ses formes comme ses matières, à la manière d'une Babylone réinventée, et l'Empire State Building lui-même, avec ses murailles qui montent à l'assaut du ciel a, de décrochement en décrochement, à mesure qu'il s'élève une étrange allure de colossale ziggourat.

medium_Franzhan_077.jpg

 medium_Manhattan_depuis_Brooklyn_Bridge_10_.JPG

Nous savons bien, depuis un certain 11 septembre, ce que cette solidité recèle en fait de vulnérabilité, et, au delà des morts eux-mêmes, on comprend que la destruction de deux tours ait été, pour les Américains et les New-Yorkais, un sacrilège inoui.

jeudi, 19 avril 2007

Récapitulons...

Récapitulons. A New-York, je m'étais fixé 10 objectifs. Les ai-je tous remplis ?

- m'éloigner de la frénésie électorale française et arrêter mon choix : fait. Ma décision est maintenant définitive et tout ce que j'ai pu lire, là-bas, m'y a conforté.

medium_HPIM0537.JPG

- aller écouter je ne sais plus quel concert au Lincoln Center : fait. Certes, le concert dut loin d'être mémorable, avec deux oeuvres de Sibélius jouées comme de puissants anesthésiques, après un concerto pour violon de Chostakovitch que j'ai trouvé plus réussi (peut-être tout simplement parce qu'il était plus tonique...). Mais qu'importe ! Au fond, j'étais au Lincoln Center, pour... être au Lincoln Center, le voir, y "sentir" le public (d'une impolitesse rare ce soir-là, toussant et crachotant, avec une vigueur, et partant sans quasiment applaudir à l'entracte et à la fin !!!).

medium_Empire_State_Building.JPG

 medium_Manhattan_depuis_l_Empire_State_12_.JPG

voir l'Empire State Building et le gravir : fait, après deux heures d'attente, certes, mais par la plus belle des journées du séjour (j'y reviendrai).

- comparer Huet et Fragonard : fait. Et je dois avouer que, tout en n'ayant guère d'appétence ni pour le style ni pour les thèmes fragonardiens, la qualité technique, le délicatesse de ses panneaux m'ont sinon plu, du moins intéressé. Force est de reconnaître que le salon dans lequel ces panneaux sont installés est en soi un pur chef d'oeuvre, avec l'inimitable parfum du pays natal, comme un morceau de France au coeur de Manhattan.

medium_Tribeca_1_.2.jpg

- retrouver les lieux photographiés par Berenice Abott : fait. Je pourrais citer mille points de vue qu'à mon tour, avec mes modestes moyens et mon pauvre coup d'oeil, j'ai tenté de photographier, tant d'années après la grande Berenice. Gloire à elle ! Au milieu des immeuble contemporains, dans la foule d'aujourd'hui, mon oeil traquait toujours et partout le détail ancien, l'îlot échappé à la marée montante des années, parfois, il m'a paru le découvrir, sur une façade, un fragment de rue échappé aux promoteurs, une échoppe encore debout, et chaque fois je retrouvais mon New York idéal et rêvé, durant tant d'années recréé par mon imagination.

medium_Central_Park.jpg

-  voir les écureuils de Central park : fait, refait et archi fait.

medium_Staten_Island_ferry_8_.JPG

- faire le tour de la statue de la Liberté en ferry : quasi fait. Même si ce ne fut pas un tour au sens strict du terme, j'ai frôlé en ferry la statue. 

medium_HPIM0805.JPG

- voir le flatiron building : fait, et avec exactement le contentement que j'imaginais, l'inexprimable et inexplicable poésie. 

- comparer les accents new-yorkais et australien (trop long à préciser ici) : fait. Et je suis donc maintenant en mesure d'assurer que le premier est en général nettement plus compréhensible à mes oreilles que le second.
 
- rapporter des tee-shirts à mes enfants : fait  ; j'ai exactement rapporté 8 (huit) tee-shirts, ce qui est largement supérieur au nombre total de mes enfants...

Mais cette liste ne serait pas complète si j'omettais :

 medium_Franzhan_117.jpg

- de me réjouir d'avoir pu survivre à la "deuxième journée la plus pluvieuse dans l'histoire de New-York" (on parle de dix-huit à vingt centimètres d'eau tombée en vingt-quatre heures), merveilleuse occasion de visiter des musées ou de prendre son temps dans de délicieux cafés, chauds et secs comme des boîtes, et dans lesquels, trempés jusqu'aux os, il était si agréable d'entrer et de commander un goûter.

medium_Greenwich_village_7_.jpg

- de saluer et remercier ici la gentillesse et la disponibilité du New-yorkais qui a pris sur son temps pour, autour d'un café, d'un repas, d'un dessert, nous égayer de sa conversation si délicieuse et vive, pleine d'anecdotes croquantes et d'analyses pertinentes, et dont le souvenir restera - j'en suis sûr - à jamais attaché en moi au souvenir de ce séjour.

vendredi, 06 avril 2007

Faire

Aujourd'hui en RTT, je n'ai rien fait, rien du tout ! Ne vous en faites pas, ne vous faites pas de mouron ni de souci, si je n'ai rien fait, en fait, j'ai surtout fait du lard... D'abord, j'ai fait la grasse matinée, puis je me suis fait beau (après avoir fait ma toilette) et j'ai fait une petite promenade dans mon quartier, pour faire le point sur les travaux en cours et faire quelques courses. J'en ai profité pour faire des photos. A la terrasse du café, j'ai failli faire des réflexions à la serveuse qui faisait la tête ("ça fait deux euros..." fit-elle), mais en vérité sa bouderie ne m'a rien fait. 
 
J'ai fait quelques pas encore, puis avec un ami fait un assez bon repas maigre (vendredi saint oblige, déjà que je n'ai pas fait ni pénitence ni fait ma prière ! Je ne suis pas très assidu à faire mes Pâques...). Rentrant chez moi, j'ai fait une petite sieste puis - faisant contre mauvaise fortune bon coeur - j'ai fait un peu de ménage (j'ai fait la vaisselle et fait les poussières ; peu s'en fallu que je fasse aussi l'argenterie et les cuivres ! Je ne fais pas bonne à tout faire, quand même !!! J'ai quand même fait mon lit et fait une lessive). Lundi, j'avais fait les vitres et chez moi, le soleil de printemps faisait tout resplendir. J'ai fait le voeu qu'il fasse le même temps à New-York (il faudra songer à faire mes valises !) mais parait-il que là-bas, il fait gris et froid. Tant pis, je ferai avec...
 
Je ne sais pas ce que j'ai fait au bon Dieu, mais je n'ai fait que bâiller toute la journée ; si ça se fait, je ne ferai pas de vieux os. Bon, pour le moment, je ne m'en fais pas trop quand même et ne fais pas trop grise mine. Comme il faisait faim, je me suis fait un petit goûter (un bon thé, en fait, qui fait si vieille anglaise...). J'ai fait bon accueil à mon fils quand il est passé faire son sac. "Bonnes vacances!", lui ai-je fait. ll m'a fait un sourire, et j'ai terminé l'après-midi en faisant mes comptes. Si fait ! je vais faire des économies...
 

jeudi, 05 avril 2007

Apocalypse

Mercredi soir, au théâtre des Champs Elysées, Jordi Savall (qui salue sans sourire avec la noblesse d'un personnage du Greco) et son Concert des Nations nous régalaient d'un programme de suites (Lully, Haendel, Marais et Rameau). Outre qu'il était intéressant de comparer la manière dont le Jordi mène cette musique, et notamment Rameau (avec une suite tirée des Boréades) avec la Sir John Eliott's touch (pour résumer, je dirais que le son chez l'Anglais est plus ouaté, moins âpre que chez le Catalan), je me suis plu à constater que j'aime de plus en plus (à moins que ce ne soit de mieux en mieux) cette musique. Il faut dire que ma lente lecture du Vicomte de Bragelonne me fait vivre depuis trois semaines en 1661 et que tout ce qui, peu ou prou, me rapproche de cette époque (visite de château, musique ou arts déco) me comble instantanément d'aise...

medium_Jordi-Savall.jpg

Ce que j'en goûte, c'est finalement la simplicité, la sorte de rusticité sans chichis, c'est à dire exactement le contraire du maniérisme gnan-gnan qui m'exaspère de plus en plus ! Certes, Rameau, homme de son temps, n'est parfois pas très éloigné des travers du 18ème (siècle) mais, grâce au Ciel, il a su ne pas être à la musique ce que Greuze - et dans une certaine mesure Fragonard - fut à la peinture. Quant aux trois autres, ils semblent se tenir constamment sur le rebord du monde et leur musique nous parle sans entrer trop dans les passions humaines. Elle nous élève et ne se complait pas. Bref, cette musique parle à des Hommes bien humains et pourtant déjà - ou encore - plus naturels, plus simples et plus vrais.

medium_Louis_20XIVa.jpg

Dès lors, ses infinies nuances, ses variations subtiles de ton, ses délicatesses d'ornements peuvent se déployer sans être entravées par un excès de sentiment(alisme) et d'égocentrisme. La musique du 17ème ne s'écoute pas elle-même et c'est ce qui me la rend éminemment aimable.

medium_Four_Horsemen_of_the_Apocalypse_4.jpg

Peu avant ce concert, j'avais lu un article terrifiant et, au sens propre, apocalyptique, sur ce qui attend le monde et l'humanité si, comme cela est malheureusement probable, la température moyenne du globe augmente encore de 2°C. Autant dire que l'on se prépare tous une vieillesse tragique et suante et que nous successeurs peuvent déjà se préparer à souffrir ! Les pensées encore toutes pleines de ces prédictions affolantes, j'écoutais hier soir le Concert des Nations. Il me semblait être sur un somptueux bateau qui sombre. Dans un décor de velours et d'or, nous écoutions ces sublimités tandis que notre paquebot s'enfonce dans la mort... A un certain moment, abîmé dans ces pensées à la fois douloureuses et délicieuses, j'ai espéré mourir en écoutant, immobile et serein, telle suite de Marin Marais.

mardi, 03 avril 2007

New-York, New-York...

Dans une semaine exactement, je serai à New-York. Non pour rechercher un quelconque et improbable éboueur (encore que, si l'occasion se présente...), mais tout simplement pour :

1 - m'éloigner de la frénésie électorale française et, dans le secret de ma conscience, arrêter définitivement mon choix ;

2 - aller écouter je-ne-sais-plus quel concert au Lincoln center le mercredi 11 avril au soir (billets déjà réservés) ;

3 - voir l'Empire State Building et le gravir afin, du sommet, de tester les jumelles que je me suis récemment offertes ;

4 - comparer les panneaux de Jean-Baptiste Huet (Musée Nissim de Camondo, à Paris) medium_huet.4.jpg et ceux de Fragonard (Frick Collection)medium_014confe.6.jpg

sur le même thème (en fait, il va de soi que je me fiche complètement de comparer ces tableaux tartignols, mais je voulais faire montre, ici, d'une certaine érudition susceptible, espérais-je, d'épater la galerie...) ; 

5 - retrouver les lieux photographiés il y a 70 ans par Berenice Abott et les comparer à ce qu'ils sont devenus ; 

medium_artwork_images_424157570_224847_berenice-abbott.jpg

6 - voir les écureuils de Central park ; 

7 - faire le tour de la statue de la Liberté en ferry ;

8 - voir l'Iron flat building ; 

medium_37-New_York-Flat_Iron.jpg

9 - comparer l'accent new-yorkais à l'accent australien ;

10 - rapporter des tee-shirts estampillés N-Y à mes enfants.

Si l'un(e) de mes fidèles lecteurs est sur les lieux à la même période, je suis disponible pour partager un verre en fin d'après-midi. Réponse publique en commentaire de ce billet ou discrète sur wamateurw@yahoo.fr

lundi, 02 avril 2007

Doute

Depuis que dimanche soir j'ai vu "J'attends quelqu'un", le troisième et, pour le moment, dernier film de Jérôme Bonnell, je m'arrive pas à me décider : ce film m'a-t-il plu ou m'a-t-il agacé ? C'est selon...

medium_18742840.jpg

Pour : les comédiens, d'abord, tous excellents et terriblement vrais (les dialogues sont exactement ceux que l'on dit, les attitudes mêmes, exactement celles que l'on prend...), avec une mention spéciale ex aequo pour Emmanuelle Devos et Jean-Pierre Darroussin ; le ton, intimiste, réaliste, qui nous conte la vie telle qu'elle est, sans ses extravagences d'autres films où les personnages ont un niveau de vie à l'évidence supérieur à leur condition sociale réelle ; l'intemporalité et l'absence de localisation (cette ville anonyme de province ressemble à celle d'Adrienne Mesurat) ; le titre : nous attend(i)ons tous quelqu'un, le jour où ce quelqu'un paraît, c'est le soleil qui se lève enfin.

medium_18727093.jpg

Contre : la vacuité du tout : où Jérôme Bonnell nous emmène-t-il ? Nulle part. Que veut-il nous dire ? Mystère... Que chacun porte en soi un secret, un mystère, une blessure, une douleur, une absence, un deuil, un échec ?... Certes, mais ne le savait-on déjà. Le fait qu'aucun des personnages ne surclasse les autres, ne fasse la moindre tentative pour s'en sortir (l'effet de contraste serait sans doute bienvenu)... Il en résulte que tout est égal dans une médiocrité exaspérante. Réveillez-vous, secouez-vous ! a-t-on envie de leur hurler. Plutôt que de traîner leur misère, leur ennui, les personnages, l'un au moins, pourrait tenter de s'en sortir, prendre un engagement (politique, social, associatif...). On n'est quand même pas obligé, à ce point-là, de ne vivre que pour soi-même et soi seul ! Et le personnage de la femme aux trois chiens... que veut-on, là encore, nous dire ? Je n'aime pas ces mystères entretenus : ce n'est pas à moi d'écrire par l'imagination le scénario.

medium_18727095.jpg

J'attends quelqu'un qui ait vu ce film et me dise ce qu'il en a pensé. 

Insomnie

Il est trois heures passées alors que j'entame ce billet. Cela fait déjà plus d'une heure que je me suis réveillé assez brutalement. Plutôt que de lire, j'écoute des chansons de Jean Ferrat, que je n'avais pas écoutées depuis bien longtemps. J'en retrouve le plaisir intact : la voix du chanteur, ses textes... provoquent encore et toujours en moi une émotion intacte. Même, ce qui les rend assez démodées, parfois, dans l'accompagnement, la diction même (un chanteur qui articule correctement, une rareté !!!), me ravit. Quant à la révolte si souvent présente dans les textes, les attaques contre l'ordre établi, le monde tel qu'il va, l'aspiration immuable à un avenir meilleur, plus fraternel, elles m'émeuvent encore.
medium_fermoutons.jpg
Je ne suis pas, ne fus jamais et ne serai jamais sans doute communiste, mais décidément, écoutant Jean Ferrat, j'en comprends, j'en partage et en aime la longue révolte et moi aussi je rêve éperdument de voir un "jour couleur d'orange, un jour de palme, un jour de feuillages au front, un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront, un jour comme un oiseau sur la plus haute branche".
 
 

Toutes les notes