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mardi, 30 janvier 2007

Ignorance

Vu à la télévision ce soir dans une émission de Canal + diffusée en clair : Ariane Massenet interroge Romain Duris sur son rôle de Molière. Puis elle lui demande, tout à trac, quel autre personnage historique il aimerait interpréter dans un prochain film. "Louis XV?" propose-t-elle, alors que s'affiche le portrait de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud...
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Non seulement Ariane n'a pas rectifié son erreur, soit qu'elle ne l'ait point remarquée, soit qu'elle n'ait pas jugé utile de signaler une bévue de si faible importance, mais encore personne d'autre sur le plateau (dont Michel Denisot) n'a rien dit non plus.
 
J'ai zappé, écoeuré de tant d'ignorance.

dimanche, 28 janvier 2007

Opéra(s)

J'écoutais ce matin Carmen, dans la version qui nous fut généreuse offerte par Le Monde il y a quelques jours... J'ai toujours beaucoup aimé cet opéra, dont je peux chanter quasiment tous les airs,  jouant tous les rôles de Carmen à Don José, Escamillo (je me souviens avoir interprété devant deux familles également subjuguées, l'air du Toreador, le soir de mon premier et seul mariage !), Michaela... 

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En réfléchissant aux raisons de cet engouement, j'en discerne deux principales, qui valent également pour Don Giovanni et La Flûte enchantée, que je place également dans mon tiercé de tête. 

La première de ces raisons est que ces trois opéras sont sans doute les trois premiers que j'ai découverts, à l'âge où l'on quitte les goûts de l'enfance et où se forment (se figent ?) les goûts de l'âge adulte... Bien sûr, en trente ans, j'ai découvert bien des oeuvres nouvelles, mais aucune, quel que soit le plaisir que je peux éprouver à les écouter, ne provoque en moi l'intense bonheur des trois que j'ai citées ; d'aucune je n'ai mémorisé un air complet, aucune ne s'est à ce point enfouie en mon moi le plus profond, le plus intime...

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La deuxième raison qui explique le bonheur si profond et si particulier que je ressens à l'audition de Carmen, Don Giovanni, La Flûte, c'est la compréhension totale qu'il me semble avoir de ces trois oeuvres, et de leurs personnages. Au risque de faire sourire, je peux vraiment dire que Carmen, Don Giovanni, Tamino, mais aussi, Don José, Donna Elvira, Sarastro, c'est moi !

Ce procédé psychologique n'a bizarrement jamais fonctionné avec d'autres chefs d'oeuvres... Ainsi, ceux de Wagner, dont les airs me semblent impossibles à mémoriser et à chantonner, et dont les personnages me sont aussi étrangers et incompréhensibles que les héros de Star Wars ou d'autres oeuvres de science fiction. En revanche, j'ai du mal avec Richard Strauss (Le Chevalier à la rose, Salomé, dont je voudrais tant savoir appréhender les beautés) pour des raisons qui, je le crains, tiennent davantage - misère ! quel aveu - au style même de la musique.

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Je pense qu'il y a là, de ma part, une forme de limite dont j'ai conscience et que je regrette lorsque je me compare avec d'autres amateurs plus éclairés, plus sensibles, plus intelligents en un mot que moi. Peut-être aussi ai-je commencé trop tard et suis-je en cela comme en tant d'autres choses l'héritier de mon milieu social... Toutes ces questions nous entraîneraient trop loin. Petit bourgeois, puisque je suis condamné, jusqu'à ma dernière heure, à vivre avec moi-même, je me contente des maigres dons qui me furent donnés et c'est avec un plaisir avoué, assumé et lucide que j'écoute, encore et toujours, Carmen.

samedi, 27 janvier 2007

Logement

Lorsque je suis arrivé à Paris, en 1982, j'avais vingt ans, et un petit emploi payé, à mi-temps, la moitié du SMIC de l'époque, soit 1700 francs (et quelques...). Avec la seule caution de ma grand-mère et en quelques jours, j'ai trouvé un studio, dans le dixième arrondissement, que je louais exactement 770 francs par mois. Avec les 1000 francs qui me restaient, je vivais, modestement certes, mais je pouvais m'offrir quelques extras, comme aller au cinéma, voire au restaurant...
 
Il se trouve que mon fils et sa copine recherchent actuellement un logement plus grand que celui qu'ils occupent actuellement, dans le même quartier (populaire) que celui où j'ai vécu il y a vingt-six ans. 
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La coïncidence ne s'arrête pas là : les annonces que j'ai consultées indiquent toutes, pour un grand studio ou un petit deux pièces, des loyer de l'ordre de 700 euros. Or, étudiants, ils ne gagnent évidemment pas 1700 euros par mois... (et de toute façon, on leur demande au moins trois fois le montant de leur loyer) mais, grosso modo, la moitié du SMIC, soit 500 euros. Dès lors, leurs recherches s'avèrent bien plus difficiles que les miennes autrefois. Et je passe sur les précautions innombrables qui sont demandées par les propriétaires pour oser louer leur bien !
 
Des constats simples comme celui-ci, et qui ne reflètent que l'écart qui s'est creusé le temps d'une seule génération, alimentent le malaise de tous. Que les gens sans travail, sans papier(s) ne puissent trouver à se loger, la société peut égoïstement l'accepter, tout du moins l'admettre intellectuellement.
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Mais que des personnes insérées, qui travaillent et gagnent modestement leur vie (mettons 1200 euros mensuels) ne puissent plus imaginer se loger à Paris, sinon dans des chambrettes incompatibles avec une vie de famille, que des cadres aient des difficultés à loger leurs propres enfants, cela pose de manière tangible le problème du logement en France, et particulièrement à Paris, ville dont la population est pourtant globalement stable.
 
Si j'avais un conseil à donner aux décideurs et autres prétendants aux plus hautes fonctions (qui ne sont que les plus hautes responsabilités), ce serait de poser sérieusement ce problème-là, qui mine des millions de gens en France. 

vendredi, 26 janvier 2007

Simplicité

En regardant de mon bureau, sur internet, les obsèques ("hommage national") de l'Abbé Pierre, je repensais à cette phrase de Jean Guéhenno :

"Seuls les hommes tout à fait simples ou tout à fait grands sont sûrs d'avoir une mort bien à eux. Les autres meurent par imitation."

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Bon, j'espère qu'aucune célébrité ne va mourir ce week-end : je ne voudrais pas que ce blogue devienne une suite d'hommages posthumes... 

mercredi, 24 janvier 2007

Hommage

Il y a une dizaine d'années, j'ai été en contact, bien modestement, avec Jean-François Deniau, dont on a annoncé ce matin la mort.

Nous étudiions alors la possibilité que le bateau du Commandant Cousteau, l'illustre Calypso, fût amarrée à Paris, sur le bassin de la Villette. La veuve du Commandant y était favorable, Jean-François Deniau usa de toute son influence, qui était grande, et de sa force de conviction, laquelle était immense. Malheureusement, l'inertie des soi-disant décideurs empêcha la concrétisation de ce beau projet et la Calypso a dû finir de rouiller quelque part, en cale sèche.

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Lors de mes quelques rencontres avec Jean-François Deniau, je fus impressionné par ce que cet homme, déjà malade, dégageait d'énergie, d'intelligence et d'amour de la vie. Sa voix merveilleuse, grave et douce, ne disait rien qui fût banal ou ordinaire. Surtout, et cela impressionna le jeune homme que j'étais, il n'avait nul besoin de hausser le ton pour convaincre, pour décider, pour entraîner. Je ne savais rien de lui et me renseignai. Je lus quelques uns de ses livres, notamment ses Mémoires de sept vies, dans lesquelles ce soir je voudrais tant me replonger.

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A mesure que j'ai appris à mieux connaître cet homme et son destin, je me suis rendu compte combien il a réussi ce prodige exceptionnel d'avoir une vie (sept vies...) diverse, riche, (ambassadeur, haut-fonctionnaire, député, ministre, écrivain, académicien, navigateur...) tout en restant parfaitement libre.

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Jean-François Deniau était un homme rare. Regardez ici sa maison et écoutez sa voix vous dire : "J'ai eu tant de vies que je ne suis pas sûr de m'y retrouver et que je cherche encore quelle est la bonne, quelle est la vraie."

 

mardi, 23 janvier 2007

Venise

Ce mardi soir, à la Cité de la Musique, concert vénitien du XVIème siècle... Quel bonheur ! quel raffinement ! quelle délicatesse ! jeu des sonorités, des nuances, subtilité des timbres (ah ! ce cornet à bouquin...). Fermant les yeux, j'ai vu miroiter les mille tâches du soleil sur le clapotis des vaguelettes des canaux, j'ai senti la brise du large, la douce langueur du rythme des marées.
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Je sais bien qu'il est d'usage d'aller partout répétant que tout se vaut, de tout relativiser. Or, l'on ne me fera jamais croire que cette musique vénitienne, telle que nous l'avons écoutée ce mardi, vaut les brouhahas vulgaires que j'entends si souvent s'échapper de certaines voitures, les bandes musicales qui hantent nos magasins. 
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Ce soir, j'ai choisi l'élitisme tranquille de passer deux heures à Venise, une Venise de rêve et de figuration, paysage idéal et splendide, où je voudrais m'engloutir à mon tour.

samedi, 20 janvier 2007

Coïncidences

La bande annonce m'en avait donné une bien fausse impression, et heureusement qu'il y eut la critique de Télérama pour attirer mon attention sur ce film. Une fois n'est pas coutume : je suis globalement du même avis que Télérama à propos d'un film récent...
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Il ne faut pas se fier aux premières minutes de ce film plus profond, plus complexe et plus grave qu'il n'en a l'air. De prime abord, on peut se laisser abuser par une historiette sans grand relief, à l'image de ses personnages. Puis, à mesure que l'écheveau du récit est tiré, la trame du récit devient plus ramifiée, des profondeurs de champ se révèlent, jusqu'à ce que, de hasard en coïncidence, de rebondissement en révélation, l'ensemble finisse par s'ajuster parfaitement, fût-ce au prix d'un parti d'invraisemblance.
 
Ces invraisemblances, ou plus exactement ces extraordinaires coïncidences dont le film est parsemé, ne m'ont en rien gêné. Une fois pour toutes, j'accepte ces récits entièrement menés par un démiurge invisible et pourtant toujours présent, qui organise son univers comme un dieu omnipotent maîtriserait parfaitement le sien. Et puis, je ne suis pas si convaincu que cela de leur impossibilité fondamentale. Partant, je les accepte volontiers, comme on accepte les hasards de la vie, comme il faut accepter les caprices du temps, ou bien encore notre fragilité...
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Parmi toutes les scènes dont le film est parsemé, scènes de rencontres, dont la lecture à double niveau (du point de vue successif des deux personnages) est ici fort bien menée,  l'une m'a particulièrement touché, en ce qu'elle suppose de sagesse. Je voudrais m'y arrêter un instant. 
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Un prêtre québécois est le premier à découvrir et comprendre un élément essentiel de l'intrigue, que tous les autres personnages ignorent encore, et que je tairai ici pour ceux qui iraient voir le film. Il pourrait aller crier partout, dans les cours et sur les toits, ce secret dont il est maintenant le seul détenteur. Ce faisant, il est vraisemblable qu'il enclancherait une série de réactions, de conséquences qu'il ne peut prévoir et dont certaines seraient, qui sait, hostiles. Il le sait.
 
Homme de Dieu, il choisit alors de faire quelque chose qui pourrait passer presqu'inaperçu dans le fil du récit mais m'a paru extraordinaire. Il se contente - et c'est déjà énorme - de mettre en présence les deux protagonistes et de laisser Dieu, celui qui écrit droit avec des lignes courbes, faire ce qu'Il jugera bon. 
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Tout le destin de ces deux hommes découlera des conséquences de leurs propres décisions et de la divine Providence. Et nous en sommes spectateurs incrédules et intéressés.
 
Pour conclure, je voudrais signaler que le grand plaisir ressenti à regarder ce film découle, pour une très large part, de ses remarquables interprètes, parmi lesquels le talent d'Olivier Gourmet s'impose comme une grâce. 

jeudi, 18 janvier 2007

Engagement

J'ai beaucoup hésité... puis je me suis décidé. A moins de 100 jours de la date du premier tour de l'élection présidentielle, aussi assuré maintenant de mon choix qu'il est possible de l'être, j'ai décidé, comme citoyen, d'ajouter à ma liste de liens, en colonne de gauche de cette page, celui du candidat qui recueille ma préférence. 

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Pour autant, ma ligne éditoriale ne change pas. Et même, je ne ferai (sauf événement d'une importance toute particulière) pas de billet spécifiquement consacré à la campagne électorale. Chacun son talent et chacun son métier. En revanche, comme citoyen, je me sens le droit d'exprimer une opinion, de faire connaître un choix, tout en reconnaissant à quiconque le droit évidemment de taire les siens.

Sur ces belles considérations, bon week-end à tous, et à bientôt pour de nouvelles aventures... 

mardi, 16 janvier 2007

Leçon

Après mes folles agapes lisboètes et mes folies londoniennes, j'ai lancé un plan d'économies particulièrement drastique. Généralement, mes plans d'économies consistent à moins dépenser pendant quelques jours, puis à dilapider mes gains virtuels en bouquins, en futilités, en brimborions, voire au restaurant...
 
Ce mois-ci, comme je l'ai dit, mon programme est d'une toute autre ampleur et c'est au magasin Lidl le plus proche de chez moi que j'ai fait mes dernières courses. Muni de mon caddie à commissions, je m'y suis donc précipité, le coeur vaguement serré à l'idée de découvrir enfin la vraie France, le vrai monde, la vraie vie.
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Dans le décor de cartons empilés inhérent à ce genre de magasins low cost, j'ai donc rempli mon caddie des provisions pour la semaine, le tout au milieu d'une foule bigarrée, visiblement peu argentée, au point que j'ai entendu très nettement une mère de famille refuser à sa petite fille un plat cuisiné de spaghetti bolognaise (quelle idée avait cette enfant de vouloir manger des spaghetti bolognaise en sachet !!!) au motif que c'était "trop cher"... Le paquet coûtait 2,79 euros et, mon plan d'économies et moi, nous sommes sentis un peu gênés, véritables nantis dans ce décor.
 
Arrive le moment de payer. Je précise que mon caddie était plein à ras bord et que, chez le Monoprix où je fais ordinairement mes achats, j'en aurais eu pour... mettons entre 50 et 60 euros. Après une longue attente au milieu d'une foule assez compacte, étonnamment calme et résignée de devoir attendre plus de vingt minutes, femmes en boubou escortées de leur marmaille, hommes seuls, Africains ou Maghrébins s'achetant leur maigre frichti du jour. Mon tour arrive mais, à cet instant précis, surgit, remontant toute la file d'attente, une vieille femme, minuscule, courbée, usée, n'ayant pour seul achat qu'un litre de lait. Naturellement, je la laisse passer devant moi...
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Le litre de lait coûtait 53 centimes. La cliente fouille dans la poche de son manteau antédiluvien et en tire un petit stock de piécettes dans lesquelles elle compte, péniblement, 20, puis 30, puis 40 centimes... De ma place, je voyais bien (j'étais le seul à pouvoir le constater) que cette dame avait de quoi payer son litre de lait, mais simplement que, l'âge ne l'aidant pas, elle avait bien du mal à compter ses piécettes.
 
Plutôt que de la regarder se débattre, j'aurais dû, naturellement, l'aider. Or, et je me le reproche, je n'en ai pas eu l'idée. Mais pire... le client immédiatement placé derrière moi, croyant sans doute que la vieille cliente n'avait pas assez sur elle pour s'acheter son lait, lui a tendu 1 euro. Elle le refusa, trouvant enfin dans sa main les centimes nécessaires pour payer elle-même son lait.
 
N'empêche ! Cet homme, à l'évidence pauvre, cet homme venu d'Afrique, évidemment modeste, pour qui faire ses courses chez Lidl n'est pas une espèce de pause presque amusante entre deux voyages, deux concerts, deux sorties, deux repas au restaurant, a eu un geste auquel je n'ai pas songé, auquel je ne sais pas si, spontanément, j'aurais pensé. Certes, il m'arrive de donner une ou deux pièces à des mendiants dans la rue ou le métro, et toujours de vieilles gens. Mais là, placé en quelque sorte en situation, je n'ai rien fait. J'ai regardé cette dame et je n'ai rien fait... Un autre, plus pauvre que moi, m'a donné une leçon.
 
Puis, j'ai payé mes courses : 26 euros 35 !!! 

lundi, 15 janvier 2007

Merveilles

Trois merveilles vues ce week-end, vendredi soir, samedi et dimanche... Plus je vais, comme on dit pour signifier plus je vieillis, plus je recherche le réconfort des belles choses. Paysages, témoignages du passé, chefs-d'oeuvres de l'art me consolent plus qu'auparavant de vivre dans un monde et une époque si violents, si peu faits pour les hommes et les femmes de bonne volonté, si terriblement destructeurs de notre humanité et notre dignité. Alors, je m'en protège, de plus en plus consciemment, cherchant autour de moi, dans mes fréquentations, mes sorties, mes lectures, des compensations à toute cette laideur et cette médiocrité en même temps que des raisons de me rassurer sur l'éternelle capacité humaine à embellir le monde, à transcender le Mal pour en faire jaillir le Beau.
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Donc, vendredi soir, Sunset Boulevard, de Billy Wilder, film que je n'avais jamais vu, encore. La star déchue comme image de l'humanité même s'accrochant au souvenir d'un paradis perdu, splendide histoire d'amour, immorale et merveilleuse, sombre et lumineuse, haïssable et attirante...
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Puis, samedi, Some came running (Comme un torrent) de Vincente Minelli, où jaillit peu à peu de la pénombre et des arrières plans, l'image si douce, si belle, si naïve, si franche, si pure, si touchante, si tragique enfin du personnage de Ginny Moorhead interprété par Shirley MacLaine, véritable héroïne cachée de ce film impétueux, magistral, drôle et bouleversant.
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Dimanche, enfin, le château de Fontainebleau, que je n'avais pas revisité, à peine entrevu, depuis plus de vingt ans (lors de ma "période châteaux"...). Si l'ordonnance générale des bâtiments ne peut rivaliser avec la majesté de Versailles, et même Compiègne, la magnificence de Vaux-le-Vicomte, la simplicité de bon aloi de Maintenon, force est de constater qu'en revanche les intérieurs, dans leur diversité, rendent la visite de Fontainebleau des plus intéressantes. 
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Il se dégage des salles un sentiment prégnant de continuité historique, de grandeur et de pouvoir. Napoléon Ier qualifiait ce château de véritable "Maison des siècles". L'image est juste et belle, et j'y pensais en me promenant hier entre ces murs qui ont vu défiler tant de grands noms de notre Histoire.
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Je regrette que l'Histoire de France, pour laquelle j'éprouvais, enfant, et maintenant encore, une si grande passion, soit désormais si bizarrement et, je le dis franchement, si mal enseignée. Je pense profondément que bien des difficultés de notre pays découlent en partie de cet abandon du sentiment historique. Sans doute faudrait-il aujourd'hui, plus qu'hier, insister sur la dimension européenne de notre pays.
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Mais, il est vain de croire que la connaissance du passé est un frein pour l'avenir. Au contraire : un peuple ignorant de son passé ou, pire, le méprisant, est incapable de discerner son avenir dans les brumes du doute et des difficultés du présent. On l'a bien vu lors de l'éprouvante campagne référendaire sur le projet dit de Constitution européenne.
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Je songeais à cela en parcourant, dimanche 14 janvier, les allées de Fontainebleau.

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