« "Les Heures claires" | Page d'accueil | Découverte »
mercredi, 19 septembre 2007
Capriccio
Mes lecteurs les plus assidus connaissent ma difficulté à apprécier Wagner, et plus simplement les opéras dont les parties chantées ne forment pas des "airs" avec ce que ce mot suppose de facilement mémorisable et chantable (dans sa salle de bains). C'est donc avec quelque réticicence que je me suis rendu, ce lundi, à une représentation du Capriccio de Richard Strauss. Mais enfin, des personnes dignes de confiance m'en avaient dit le plus grand bien, les critiques lues çà et là sont élogieuses, et puis, n'étant pas borné, je me sens apte à surmonter mes préjugés.
De ce Capriccio, je ne connaissais que le finale, chanté par Elisabeth Schwarzkopf dans un disque d'anthologie dont je ne retiens que les Quatre derniers lieder, si admirables.
Arrivé en avance, je déambulai quelques instants dans les espaces du palais, puis résolus de m'installer dans ma loge, afin d'assister au spectacle toujours plaisant de la salle qui s'emplit, de l'orchestre qui s'installe, de la scène qui s'aménage... Il y a là, en effet, un autre spectacle que celui pour lequel, en théorie, on est venu, mais qui me plaît autant que l'autre.
Capriccio, ça commence bien. Le petit sextuor initial est charmant, puis les personnages se mettent à chanter... plutôt à discourir de cet intéressant sujet : doit-on placer la musique au dessus de la poésie, ou bien l'inverse ? Et le théâtre dans tout ça ? Et l'opéra qui concilie tous ces arts ? Et le public, qu'en pense-t-il, ce public qui s'ennuie et s'endort ?
On aimerait suivre cette savante et aristocratique discussion, mais enfin que la monotonie du ton est lassante !!! Ce déluge d'intelligence et de raffinement se perd dans des ténèbres et j'admire le metteur en scène d'avoir su conserver un rythme assez constant à une oeuvre durant laquelle, par définition, il ne se passe rien !
Heureusement, vient enfin le dernier tableau, qui se lève comme une aurore pour bientôt disparaître comme un éclatant crépuscule. Et Capriccio prend tout son sens, car c'est bien d'une somptueuse agonie, d'un glorieux naufrage dont nous sommes les témoins médusés. Oeuvre crépusculaire, Capriccio révèle la fin d'un monde et, peut-être, d'une civilisation dont tous les personnages ne seraient plus que les héros lucides et désabusés, qui jusqu'au bout ont choisi de faire comme si ; comme si tout cela devait durer encore après eux, comme si leur débat intéressait vraiment tous les hommes, comme si l'art pouvait sauver le monde.
Lorsque la comtesse s'admire dans son miroir, c'est nous-mêmes qu'elle oblige à se regarder enfin, face-à-face et dans les yeux. Au moment que le rideau s'abaisse, tous les décors du drame ont disparu, ne reste plus que la scène, au loin une jeune fille qui danse, la musique qui s'éteint. Et chacun se retrouve seul, convaincu que décidément la vie est un jeu d'apparence, le monde un miroir, et nous, des marionnettes.
11:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Les commentaires sont fermés.