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samedi, 22 septembre 2007

Découverte

Véritable découverte, ce vendredi soir, à l'Opéra Bastille, avec "Ariane et Barbe bleue" de Paul Dukas.

On passera sur l'étrange mise en scène faisant d'Ariane une espèce de détective amateur des années 30 (imper mastic et appareil photo en bandoulière...), on passera sur la voix un peu fatiguée - surtout pour un rôle aussi exigeant - de Deborah Polaski (Ariane), on passera sur l'étrange idée de plaquer des images vidéo à droite de la scène (avec l'absurde référence au Clair de la lune, mon ami Pierrot dans le dernier acte) ; on ne passera pas, en revanche, sur le sans-gêne de plus en plus marqué de spectateurs et spectatrices considérant l'ouverture comme une sorte de générique durant lequel il est admis de poursuivre ses bavardages, on ne passera pas sur ma voisine de droite (bavarde et à qui un spectateur à expliqué vivement qu'"à l'opéra, on se tait !") mâchonnant son chewing-gum et à qui il a fallu que je me résolve, au deuxième acte, à demander de cesser enfin ; on ne retiendra que la somptuosité de la partition et du livret.

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Preuve que mon goût évolue, je suis maintenant capable de supporter sans défaillir un opéra écrit au vingtième siècle ! Certes, ce siècle n'avait encore que sept ans, mais enfin c'est un bel exploit après le "Capriccio" du lundi précédent. De cette partition, que je voudrais maintenant réentendre, il m'a semblé tout apprécier, et beaucoup aimer : les couleurs des cuivres et des vents, les merveilleux emportements suivis d'apaisements splendides, les timbres de l'orchestre déclinés tour à tour, avec la belle variation des pierres précieuses... Et puis bien sûr le magnifique éclatement de jour, lorsqu'Ariane ose enfin briser la paroi qui la sépare, avec ses compagnes exaspérantes de couardise, de la lumière, "génial crescendo" que Messiaen tenant pour "l'un des chefs-d'oeuvre de la musique".

Mais, ce que je retiens plus encore, c'est le livret de Maurice Maeterlinck. Je ne connais pas bien cet auteur, ne retenant de lui que quelques textes ultimes tirés de ses "Bulles bleues" (souvenirs d'enfance), le livret de "Pelléas et Mélisande", déjà si déroutant. Vendredi, j'ai été de bout en bout sous le charme de ce langage qui semble n'appartenir qu'à lui seul, parfois presque risible et si personnel, apparemment banal et pourtant inimitable. Assurément, Maurice Maeterlinck se transportait avec un monde bien à lui, en lui. Il était "quelqu'un qui pense à autre chose"...

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J'aurais voulu noter au vol les images stupéfiantes jetées au fil du vent par Ariane et ses compagnes d'infortune, ces formules qu'on aimerait avoir trouvées (celle des vitraux comme couverts de nuit...), mais puisque je ne peux pas tout citer, je n'en retiendrai qu'une, ici, prononcée par Ariane dès son entrée en scène, qui campe le personnage tout en appelant l'attention de tous, et que tout citoyen devrait avoir appris, au cas où :

"D'abord il faut désobéir: c'est le premier devoir quand l'ordre est menaçant et ne s'explique pas. Les autres ont eu tort et les voilà perdues pour avoir hésité."

(Bien qu'il n'ait pas imaginé, apparemment, que je pourrais avoir quelque chose à dire sur cette soirée, mais parce qu'il a finalement retenu la même citation que moi et qu'entre mangeurs de steaks tartares, il doit y avoir malgré tout une sorte de solidarité, je recommande cet intéressant billet sans omettre, il va de soi, celui-là.)

Commentaires

Ah ah ! Mais cette citation est marquante et nous sommes loin d'être les seuls à l'avoir mise en exergue. Je suis moins enthousiaste que toi sur le reste du texte de Maeterlinck (que l'on peut lire ici : http://www.karadar.com/Librettos/dukas_ariane.html ).
Je préfère Pelléas d'assez loin.

Ecrit par : Philippe[s] | samedi, 22 septembre 2007

Je m'en vais écouter et me faire une idée.

Ecrit par : marie-hélène | mardi, 25 septembre 2007

"Opéras du vingtième siècle" : what about Britten then ?

Ecrit par : Guillaume Cingal | jeudi, 27 septembre 2007

Au fait, ce n'est pas parce que Victor Hugo a écrit des bétises qu'il faut les répêter : en 1907, le siècle avait six ans !

Ecrit par : Philippe[s] | samedi, 29 septembre 2007

> Guillaume : mais Britten n'est pas du vingtième siècle ! Il est intemporel..

> Ph[s] : une bêtise écrite par Victor HUGO devient une vérité !!!

Ecrit par : L'Amateur | samedi, 29 septembre 2007

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