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mardi, 26 septembre 2006
Folies
J'hésitais, pour mon billet du jour, entre une analyse du Visionnaire de Julien Green et une retranscription de la représentation de Lucia de Lammermoor à laquelle j'ai assisté ce lundi soir. Mais au moment de choisir, je me suis rendu compte avec effroi et sidération (à moins que ce ne soit "stupeur et tremblement") que la folie est au coeur de chacune de ces deux oeuvres. Cette singulière coïncidence n'a pas manqué provoquer en moi une de ces étourdissantes spirales de pensées dans lesquelles je m'abîme plus souvent qu'à mon tour.

Dans les deux oeuvres, quelque différentes soient elles par ailleurs, le personnage principal, Manuel ici, Lucia là, s'évade d'un monde qui ne répond pas à ses attentes, d'une réalité qui le déçoit, en se réfugiant dans une autre dimension, dont l'ordre semble mieux correspondre à ses espérances. Le Manuel du Visionnaire, englué dans une vie médiocre et sans avenir, s'invente une liaison passionnée avec une certaine vicomtesse, comme Lucia, désespérée d'un mariage imposé, s'imagine être en réalité l'épouse de celui qu'elle a toujours aimé. Dans les deux cas, naturellement, la mort viendra mettre fin, inéluctablement, à ce qui n'est qu'un tragique ennui déguisé d'un illusoire bonheur.
Il y a beaucoup de vrai dans ces histoires impossibles et l'on doit y prêter la plus grande attention ; elles sont de puissantes leçons pour qui veut mieux comprendre les méandres insensés de son propre coeur, et percer mieux à jour ceux de ses contemporains.



Et je me souviens ce soir, au moment d'aller enfin dormir, de la phrase de Pascal, se demandant, "si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un autre sommeil un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir ?"
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Tant d'autres (Kozlika, Zvezdo, Matoo...) ont écrit sur Lucia, sur Nathalie Dessay, que je ne m'y hasarderai pas. Que rajouterais-je à tout ce qui a été si bien et si complètement écrit par ailleurs. Un mot toutefois : j'allais à l'Opéra un peu à reculons, je l'avoue, et il m'a fallu tout le premier acte pour entrer dans l'histoire. Le choc s'est produit lors du merveilleux sextuor du deuxième acte (lequel, soit dit en passant, "a profondément influencé Wagner"...). Quant au dernier acte, je l'ai savouré de bout en bout, comme on se délecte d'un parfum enivrant et puissant.
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Commentaires
"a profondément influencé Wagner" : musicalement, je n'ai pas entendu... mais dramatiquement peut-être ? Edgardo tel que Brünnhilde à la cour des Gibichungen ?
Ecrit par : guillaume | mardi, 26 septembre 2006
> guillaume : j'avoue que je ne saurais le dire... je me suis contenté de recopier ce qui est écrit dans le programme de l'Opéra, que je me suis procuré malgré les 10 euros exigés : "Au deuxième acte, le tableau culmine avec le fameux sextuor qui préfigure Verdi en bien des points et qui influença profondément Wagner ; mais surtout, il crée une teinte particulière à cet ouvrage, grâce au timbre lyrique et paqtoral des cors, présents dès le début du prélude, jusqu'à ce qu'ils assument un rôle spécifique dans la scène de la tombe et au début de l'air d'Edgardo."
Ecrit par : L'Amateur | mardi, 26 septembre 2006
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