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lundi, 20 février 2006
Couleur et rayures
Il y a quelques années, j'ai lu avec un grand intérêt Bleu, histoire d'une couleur, de Michel Pastoureau.

Au XXème siècle, le bleu, en même temps qu'il devenait la couleur la plus portée dans le vêtement occidental, s'est trouvé confirmé dans son rôle de couleur préférée. A partir du XIIIème siècle, il commence à concurrencer le rouge comme couleur aristocratique et royale. Avec la Réforme protestante, le bleu devient une couleur digne, une couleur morale, ce que n'est pas le rouge, son rival. Mais c'est à l'époque romantique que le bleu accède durablement au rang de couleur préférée. Depuis, il n'a plus quitté ce rang et semble même avoir accru son avance sur les autres couleurs.

Ce lundi soir, j'ai entamé avec le même appêtit la lecture de L'étoffe du diable, une histoire des rayures et des tissus rayés, du même auteur.

Porter sur soi des rayures, s'afficher en tenue rayée n'est ni neutre ni naturel. Il faut, pour ce faire, montrer une certaine audace, vaincre différentes pudeurs, ne pas craindre de se mettre en valeur. Mais celui qui ose est récompensé : il accède au chic, c'est-à-dire à la distinction élégante des personnes libres, désinvoltes et raffinées. Comme souvent de nos jours, où tout code social est capable de s'inverser, où tout code, pour bien fonctionner, est même obligé de s'inverser, ce qui à l'origine constituait un handicap ou une infériorité finit par devenir une promotion.
Une véritable sémiologie socioculturelle de la rayure s'est instaurée, classant les individus selon les vêtements rayés dont ils s'habillent : rayures larges ou rayures étroites, rayures asssociant au blanc une couleur vive ou une couleur pastel, rayures verticales ou horizontales, rayures continues ou discontinues. Certaines de ces rayures sont jugées vulgaires et d'autres de bon goût. Ainsi le banquier et le malfrat portent-ils tous deux un costume et une chemise rayés, mais il ne s'agit absolument plus des mêmes rayures: étroites et discrètes dans le premier cas, larges et voyantes dans le second.


Commentaires
Puisque vous parlez d'élégance, je suis déçue que vous n'ayiez pas eu celle de répondre à un message privé déjà "ancien"concernant la trop petite taille des caractères de votre nouveau blog...
Ecrit par : V. | mardi, 21 février 2006
> V. je suis désolé de ne pas avoir répondu à un "message privé" (?!) dont je n'ai pas souvenir. Mais... à vrai dire, je ne sais que répondre... sinon vous conseiller de porter d'élégantes lunettes.
Ecrit par : L'Amateur | mardi, 21 février 2006
Il y a aussi "Une Histoire de bleu", de Jean-Michel Maulpoix :
Le bleu ne fait pas de bruit.
C'est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage, ni projet, qui ne se jette pas brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l'attire à soi, l'apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu'en elle il s'enfonce et se noie sans se rendre compte de rien.
Le bleu est une couleur propice à la disparition.
Une couleur où mourir, une couleur qui délivre, la couleur même de l'âme après qu'elle s'est déshabillée du corps, après qu'a giclé tout le sang et que se sont vidées les viscères, les poches de toutes sortes, déménageant une fois pour toutes le mobilier de ses pensées.
Indéfiniment, le bleu s'évade.
Ce n'est pas, à vrai dire, une couleur. Plutôt une tonalité, un climat, une résonance spéciale de l'air. Un empilement de clarté, une teinte qui naît du vide ajouté au vide, aussi changeante et transparente dans la tête de l'homme que dans les cieux.
L'air que nous respirons, l'apparence de vide sur laquelle remuent nos figures, l'espace que nous traversons n'est rien d'autre que ce bleu terrestre, invisible tant il est proche et fait corps avec nous, habillant nos gestes et nos voix. Présent jusque dans la chambre, tous volets tirés et toutes lampes éteintes, insensible vêtement de notre vie.
Ecrit par : Zolurne | mardi, 21 février 2006
Bleu qui séduit, bleu qui fait vendre ... rouge amoral ; pourrait-on chercher là une piste pour comparer le succès des monochromes de Klein et le relatif oubli des monochromes rouges d'Aubertin ?
Prisonniers vêtus de tissu griffé Buren... ; l'Amateur, vous êtes en train de chausser vos Lunettes Rouges !
Ecrit par : bolchoi menu | mardi, 21 février 2006
Par "message privé", j'entendais un message envoyé directement à l'adresse donnée en haut du blog (wamateurw@yahoo.fr), ce type de remarque me semblant déplacé dans les commentaires d'un billet... Je vous remercie de votre sollicitude concernant mon acuité visuelle, mais l'ophtalmo que j'ai consulté le mois dernier l'a trouvée excellente, me conseillant de revenir le voir dans dix ans. Je n'attendrai pas ce délai pour revenir lire cet agréable blog, dont la typographie me semble curieusement plus "aérée" aujourd'hui. :-)
Ecrit par : V. | mardi, 21 février 2006
Une pensée émue pour les magnifiques tableaux monochromes d'Yves Klein...
Ecrit par : A****a | mardi, 21 février 2006
@ V.
Pour les problèmes de visibilité, il y a dans FireFox ou dans IE des menus qui permettent d'augmenter (ou diminuer) la taille des caractères.
Sous IE : Affichage-> Taille du texte
Sous FF : Ctrl + / Ctrl -
Ecrit par : Bladsurb | mardi, 21 février 2006
Michel Pastoureau, l'été dernier dans l'Express , a parlé , non seulement du bleu , mais aussi du rouge , du blanc , du vert , du jaune , du noir et des demi-couleurs (gris pluie , rose bonbon) . Il est possible d'accéder à ces articles passionnants ici :livres.lexpress.fr/dossiers.asp?idC=8800&idR=5#
(Son petit livre sur "les animaux célèbres" publié chez Bonneton est lui aussi captivant)
Ecrit par : alph | mardi, 21 février 2006
j'allais citer Jean-Michel Maulpoix, mais je vois que c'est déjà fait...
Ecrit par : ennairam | mercredi, 22 février 2006
dans ce cas ceci, lié à une expo d'oeuvres de Monory au Mac Val de Vitry pourrait t'intéresser :
http://gilda.typepad.com/traces_et_trajets/2006/01/mais_tout_ce_bl.html
avec même une photo là :
http://goldmy.fotolog.com/my_photos.html?&year=2006&month=01&day=28&view=day
difficile de faire plus bleu, non ?
Ecrit par : gilda | mercredi, 22 février 2006
> gilda : en effet... difficile.
Ecrit par : L'Amateur | mercredi, 22 février 2006
je me souviens d'un article lors des dernières présidentielles sur la préminence du bleu dans le matériel de campagne de la plupart des candidats. Par contre pour le complet rayé il y a beau temps que c'est un uniforme, à moins d'oser des couleurs un peu décalées
Ecrit par : brigetoun | samedi, 25 février 2006
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